Deezer partage de nouveaux chiffres inquiétants. Sur la plateforme, les morceaux générés par IA représentent désormais près de la moitié des uploads quotidiens.

Il fallait s’y attendre, à mesure que les générateurs de musique par intelligence artificielle (IA) s’améliorent et deviennent plus accessibles. 44 % des musiques reçues chaque jour par Deezer ont été générées par une intelligence artificielle. Un taux vertigineux en augmentation constante : il atteignait 29 % en janvier 2026, et seulement 10 % un an plus tôt.
Deezer fait valoir son outil de détection
« La musique générée par l'IA est désormais loin d'être un phénomène marginal, et alors que le nombre de nouvelles publications ne cesse d'augmenter, nous espérons que l'ensemble de l'écosystème musical se joindra à nous pour prendre des mesures visant à protéger les droits des artistes et à promouvoir la transparence pour les fans », commente Alexis Lanternier, P.-D. G de la plateforme française.
En janvier 2025, Deezer a en effet lancé son outil de détection de musique générée par IA, reposant sur l’identification de signatures uniques propres aux contenus synthétiques. Surtout, la firme affirme que son système peut repérer des contenus IA sans nécessiter de jeu de données spécifique à chaque modèle pour s’entraîner, ce qui lui confère une adaptabilité rare face à la multiplication des outils de génération musicale.
C’est justement dans cette optique que Deezer a ouvert sa technologie, en janvier 2026, à la concurrence via un programme de licence. Un pas en avant clair, à l’heure où Spotify et Apple Music se contentent encore d’approches fragmentées, laissant largement la responsabilité de la transparence aux distributeurs.
Un cauchemar pour la rémunération des artistes
Une fois repérés par Deezer, les contenus sont automatiquement exclus des recommandations algorithmiques et des playlists éditoriales. Cela explique pourquoi la musique IA ne représente qu’entre 1 et 3 % des écoutes effectives sur la plateforme, malgré son poids colossal dans les uploads.
Un outil d’autant plus nécessaire que les auditeurs peinent à distinguer le vrai du faux. Dans un sondage mené par Ipsos pour Deezer en novembre 2025 auprès de 9 000 personnes dans huit pays, 97 % des participants n’ont pas réussi à identifier laquelle des trois chansons qu’on leur faisait écouter était d’origine humaine. 80 % estiment pourtant que ces contenus devraient être clairement étiquetés, et 52 % considèrent qu’ils ne devraient tout simplement pas figurer dans les mêmes classements que la musique créée par des humains.
Car c’est aussi la survie économique des artistes qui se joue, chaque stream d’un titre IA puisant dans le même pot commun de royalties que les autres. Plus il y a de contenus frauduleux écoutés, moins chaque écoute d'un artiste réel est rémunérée. Et le phénomène ne fait que s’accélérer : selon une étude du CISAC citée par Deezer, près de 25 % des revenus des créateurs pourraient être menacés d’ici à 2028, soit jusqu’à 4 milliards d’euros.
La plateforme tricolore assure que les streams détectés comme illicites, soit 85 % des écoutes générées par ces contenus, sont exclus du calcul des royalties.
